mardi 8 avril 2014

Face à face : Faire grandir trop vite et la pédagogie Montessori

Avec les doutes que j'ai eu, d'en avoir tellement entendu sur le dessin (ici ma petite reflexion à ce sujet) je me suis demandé pourquoi l'on (le monde extérieur, le voisin, n'importe qui en fait) cherchait à faire grandir aussi VITE nos enfants?


Grandir... en douceur.

Plusieurs réponses possibles :

1) pour ne plus qu'ils soient dans nos pattes :
Je sais que si vous lisez mon blog, vous avez senti vos poils se hérisser à la lecture de cette affirmation.
Et le soucis c'est que c'est vrai. Exemple? Le Japon et sa société veillissante qui condamne les bruits des parcs et écoles. Ou encore le regard qu'on vous lance quand vous arrivez dans un resto avec 2 enfants, le soir. Pire : le regard quand vous arrivez dans un train avec un nourrisson!
Ah nan... celui là c'est fini... ils regroupent maintenant les familles dans un wagon spécifique... pas au Japon hein... en France!

Ouai ouai. Là j'ai grave envie de vomir pleurer!

Plus fort encore... avec le changement des rythmes scolaires (ben voui même sans téloche et sans enfants scolarisés je suis un minimum l'actualité...) j'ai eu l'occasion de lire des témoignages de parents révoltés, car dans les communes qui n'ont pas la possibilité de financer les activités artistiques, il est question d'augmenter le temps de pause de midi. Et là, horreur! "Quoi?! On va devoir garder nos enfants plus longtemps?! Ah non, toutes les bêtises ont lieu à midi!" (hors parents avec activité professionnelle...)

Bref, c'est carrément triste et je crois bien que nous sommes aujourd'hui tellement habitué à ne plus voir d'enfants dans nos rues, qu'on a oublié de vivre avec eux, leurs rires, leurs cris, leurs pleurs...

L'enfant dérange!

2) Car un enfant plus évolué nous renvoie une image de bons parents.

... "waouh, ton petit sait déjà compter jusqu'à 30 alors qu'il n'a que 2 ans!" Et oui, mon enfant il est trop fort, et moi je suis un trop bon parent. La classe.

Euh... et donc à l'inverse... mon enfant prend son temps pour vivre pour regarder un papillon voler ("mon dieu il a pètr un problème, il en dit quoi ton pédo-psy?"), pour faire des colères de mammouth que je laisse passer ("je vous plains, vous allez avoir du mal à l'adolescence" et si je te dis que ce sera certainement le contraire?) et j'en passe... = je suis un parent trop mauvais!

3) Par jalousie peut-être?
"Parce que moi quand j'étais petit on m'a élevé à la dur. Pas question de batifoler. Fallait aider les parents. Je m'en porte pas plus mal (vraiment?). Ce sera pareil pour mon enfant!" Comprendre ici "Moi j'ai pas eu droit au bonheur d'être un enfant, pourquoi lui oui"? Citation de mon domaine familiale.

4) Reformulation possible de la citation en 3) "c'est comme ça un point c'est tout."
Et donc nouvelle raison intrinsèque, c'est comme ça que tout le monde fait. Je suis le modèle...

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C'est un peu triste de priver un enfant de sa part magique d'enfance pour ce genre de raisons égoïstes, non?

Et là je vous vois venir : "attend là! Je connais un minimum la pédagogie Montessori... il n'est pas question de rendre autonome l'enfant le plus tôt possible? C'est pas grandir ça peut-être?"

La question à se poser : pourquoi je veux apprendre apprendre à lire à mon enfant le plus tôt possible? Être autonome en lecture tôt permet d'apprendre ce qu'on aime. Sans parler de la facilité de l'esprit absorbant...

Voici alors ma réponse...
On pourrait croire, avec la pédagogie Montessori, que c'est ce qu'on recherche : un enfant sympa qui sait tout et qui en plus de nous préparer le repas, met la table...

Là je ne peux répondre que d'une façon personnelle. Je ne cherche pas à ce que mes enfants soient autonomes dans le but de grandir mais dans le but de se passer de l'adulte : de tous ses jugments qui dévalorisent. Je cherche véritablement à ce que mes loulous soient bien dans leur peau et conscients de leurs atouts, sans chercher à brûler les étapes pour que moi ou la personne X avec qui je partage un wagon soit un peu tranquille... ou pour bien me faire voir par mes voisins!
Je veux leur permettre de cultiver leur estime de soi. Cela passe forcément par la satisfaction de réussir des choses par soi-même.

" Attend, la pédagogie Montessori, c'est aussi profiter de l'esprit absorbant pour commencer le calcul et le langage... des trucs pas forcément de leur âge! " C'est vrai! Et qui a dit que le langage et sa part difficile qu'est l'écriture n'était pas de leur âge? Pas les récentes études scientifiques en tout cas! Après tout, ce sont les bébés qui apprennent à parler?
Et surtout parce que la pédagogie Montessori c'est suivre les envies des enfants. Ils doivent pouvoir choisir ce qu'ils ont envie de faire!
À la maison on peut décider, en plus d'intégrer, d'autres visions pédagogiques et notamment de permettre à notre enfant de vivre totalement son enfance, surtout avec ce que j'ai appris de la vision Steiner-Waldorf ici (j'ai choisit d'adapter le temps de classe à 1h- 1h30 dans nos journées afin de leur permettre de se construire aussi par le jeu.)

Comme tout, grandir est une question d'équilibre. Il y a apprendre pour de mauvaises raisons ("dis merci où tu n'auras pas de bonbons!" Tu vois mon enfant il est trop poli!) ce qui laissera forcément des dommages : perte de confiance en soi, en ses parents, perte de l'envie innée d'apprendre...

Les pédagogies bienveillantes ou comment chercher à voir le monde différemment

Et je concluerai ici en vous disant que la pédagogie Montessori ne sert pas à faire grandir nos enfants plus vite. Ce n'est qu'un outils. À notre charge de savoir pourquoi et comment on s'en sert!

7 commentaires:

  1. J'adore j'adore j'adore. .. en fait c'est dingue j'ai eu une discussion sur ce vaste sujet il y a peu de temps! Pour beaucoup pédagogie montessori = faire des peits génies! J'aime tes mots pour expliquer que non c'est juste un outil pour rendre nis enfants autonomes et confiants. Bon je vais être obligé de partager à nouveau :-)) et je me reconnais buen là avec mes filles et leurs colères de mammouth ... mais moi j'aime prendre le temps de les calmer de les comprendre et de les caliner même à 4 ans! Merci pour tes mots...

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  2. Tu as tout dit : prendre le temps!
    Dans Montessori et toutes les pédagogies alternatives (j'ai faillit écrire nouvelles mais elles sont centenaires!) LE truc c'est le temps. Prendre le temps de répéter. Prendre le temps de peler une pomme ensemble (et tant pis si ça prend 10min au lieu de 2.)
    ...
    Vu tout ce que Maria avait écrit par peur de voir sa pédagogie dénaturée, je pense que cette dame était franchement clairvoyante!!

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  3. Tout a fait d'accord !
    Mais j'avais justement été mise mal a l'aise par un de vos articles sur le "contrat", car il commençait par "Vers 3 ans, soudain il ne veut plus rien faire", d'où la "nécessité" de ce contrat.
    Mais est-il vraiment nécessaire de les pousser à faire ces activités ? Un enfant ne fait jamais "rien" : il fait des choses qui nous semblent rien mais lui sont nécessaires, comme rêver.
    Adulte, j'ai encore besoin de moments, parfois de jours entiers, où je ne fais rien. Mais vraiment rien. Physiquement. Parce que dans ma tête, houla il s'en passe des choses. Je médite, je rêve, je réfléchis, je me repasse des événements passés et y réfléchis, j'imagine des futurs possibles et les moyens d'y arriver. Ou bien je prends le temps de câliner mon chat que mon immobilité attire et qui vient me gratifier de son doux ronronnement.
    Au bout de plusieurs heures je me lève et j'agis. En conscience, sereinement, et non de cette façon automatique, irréfléchie, réflexe, "tête dans le guidon" ou routinière que je peux observer chez les gens qui ne prennent jamais le temps de se poser pour ne rien faire.
    Vouloir à tout prix empecher les enfants de ne rien faire (attention, regarder la télé ne permet pas de faire le vide ou de réfléchir : s'il y a une vraie maniere de ne "rien" faire, c'est bien celle-la...), de se reposer, de rêver n'est-il pas en soi une manière de les obliger à grandir ?

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    1. Commentaire complété sous l'article en question : http://les-manele.blogspot.fr/2013/01/reussir-les-apprentissages-3-ans-le.html

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  4. Oui!
    Rêver et méditer sont nécessaire à l'équilibre humain. Pour les enfants aussi!

    Dans mon billet sur le contrat, je ne parle pas de ce temps là. Il existe souvent une période où l'enfant a moins envie de faire la classe. Ce n'est pas une fois (en Montessori il y a beaucoup de liberté sur 1 ou 2 jours de non travail, ce n'est pas grave et oui, on laisse place à la rêverie avec des pauses quand ils le veulent pendant la classe) mais sur une DURÉE PLUS LONGUE (une semaine) cela devient carrément inquiétant car l'enfant est naturellement sensible au matériel Montessori. Quand il ne l'est plus alors qu'il est en bonne santé, dans cette pédagogie, c'est qu'il y a un problème (à détecter et régler avec bienveillance). Pour le unschooling ou l'IEF avec 1 seul enfant y'a pas de soucis... en école c'est plus problématique.
    D'où cette méthodologie de contrat, faite en école. J'ai choisit d'en parler ici car j'étais séduite par l'idée d'un cadre pour aider les parents à franchir le cap de l'IEF...

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    1. Je n'avais pas compris que ce contrat était mis en place dans le cadre d'une école formelle (où l'on doit malheureusement "rendre des comptes"...)
      "c'est qu'il y a un problème (à détecter et régler avec bienveillance)" : voila qui est interessant. Comment faire dans ce cas ? Merci !!

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    2. Là je ne peux parler que de mon expérience personnelle en tant que maman... quand le comportement de mon enfant est anormal (envie de rien, tape...) et que j'ai écarté l'hypothèse maladie, je le questionne selon la CNV.
      D'abord je décris ce qu'il se passe et je nomme son émotion ou ses sentiments. Ensuite je questionne ou je formule des hypothèses. "J'ai vu que tu as tapé X. Je crois que tu es très fâché. Est-ce que c'est parce que j'ai dit qu'il n'était plus l'heure de manger des bonbons?"
      Même les petits sont réactifs! On sait si on fait fausse route, ils nous disent "non, c'est parce qu'il a prit mon jouet!"
      En classe, j'imagine que c'est faisable lorsque la relation avec l'élève est de qualité.
      Pour les problèmes sociaux lourds je ne saurais dire...
      Pour le manque d'envie, c'est plus par rapport à l'autorité. En classe, maman reste un peu maman (je dis de ranger, quand prendre le bain, qu'il est l'heure de mettre la table... pour eux, difficile alors en classe de changer cette façon de nous voir). En tout cas pour nous c'était le problème (qui se voyait en classe et dans toute la journée, mon enfant n'était plus du tout coopératif alors même que nous laissons déjà beaucoup de choix.) En parler a permis de dépasser ce stade...

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