jeudi 12 septembre 2013

L'évaluation II L'école

A l'occasion de ma lecture du livre de Lana del Rey, j'avais déjà soulevé quelques problèmes liés à l'évaluation (ici). J'ai maintenant envie de m'intéresser à l'évaluation à l'école en m'appuyant sur les écrits de John Holt.

Une objectivité impossible à atteindre?

La première question que l'on se pose est de savoir si l'évaluation réussit bien à retranscrire ce qui est effectivement su par l'élève... Bref, est-elle tout à fait objective? Comment ne peut-elle pas être influencée par les desiderata du testeur?

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Les exigences de l'école vis à vis de l'élève sont de plus en plus nombreuses comme en attestent les points du programme et des bulletins comme savoir tenir ses crayons. Ils touchent en plus à son savoir être (savoir parler correctement et clairement : ce qui en plus peut-être discriminatoire des classes les plus pauvres ou des étrangers) et sont de plus en plus vague  (être content en arrivant à l'école)... Comment en effet évaluer si l'enfant est content? Par quel outils le déterminé? Et si, le professeur y arrive finalement, l'élève, habitué au système scolaire, ne feigne-t-il pas? L'évaluation de toutes ces exigences, il faut être réaliste, va dépendre principalement de la sympathie ou de l'antipathie du professeur envers son élève.

Autre point de questionnement : l'entraînement intensif des enfants en vue de certaines évaluations. Les élèves, par d'innombrables exercices (toujours les mêmes) sont transformer en machines automatiques à résoudre des additions ou des divisions, par exemple. Lorsque ce n'est pas les professeurs eux-mêmes qui donnent les réponses aux évaluations nationales... (car ces évaluations ne font pas que visualiser où en est la France dans le socle de compétences minimum, mais test aussi la réussite des écoles.) Lorsque les évaluations sont terminées, qu'en reste-t-il? Les élèves, le plus souvent retombe dans une certaine confusion. L'outil lui-même est trompeur car ni les parents, ni le système ne connaît vraiment la situation des acquis des enfants.

Avons-nous seulement l'indication par l'école, que l'évaluation, face à sa toute puissance, peut se tromper?

Les dommages inhérents.

Pourquoi mettre alors en place ces évaluations si peu objectives? Certains suggérerons que cela fait partie du processus d'apprentissage : l'enfant sait où il en est, s'il a acquis la notion enseignée. Mais est-ce vraiment pour apprendre ou pour classer?

Imaginons un cas simple : celui du super professeur. Il a réussi d'une façon incroyable à enseigner à ses élèves et il est temps de passer à l'évaluation de leurs acquis (et quelque part de ses réussites en tant que professeur, mais bon, apparemment les évaluations ne marchent que pour situer les élèves dans leur travail et pas les professeurs dans le leur. Pour cela, il y a les inspecteurs...) Et voilà : tout le monde a atteint la note maximale! Génial! Et cela se reproduit, 2 fois, 3 fois, ... Que va-t-il se passer? Les professeurs ne peuvent donner des bonnes notes à tout le monde où cela ne voudrait plus rien dire. Les parents et même les élèves pourraient se fâcher car comment être pris en considération par les meilleures écoles si tous nos camarades ont 20? Sans parler de la direction de l'école... elle demanderait très rapidement au professeur de revoir son système de notation, de revoir la difficulté de son épreuve à la hausse, d'augmenter ses exigences ou d'enseigner encore plus ou plus vite, histoire de larguer quelques élèves en route...

Et oui... L'école, ce n'est pas : tenons-nous la main nous sommes tous gagnants, nous arriverons tous avec les mêmes savoirs et compétences au final (alors que c'est ce que promet l'école). Il faut bien se rendre compte qu'il s'agit un système compétitif. On demande à une école de qualité un enseignement de qualité pour son enfant. Traduction : faites que mon enfant surpasse tous les autres! Personne ne voudrait réellement que TOUS gagnent, car les tickets d'entrée, dans les bonnes écoles ou dans les bons emplois, perdraient inévitablement de leurs valeurs...

L'école prône l'enseignement de la coopération, qui est vraiment une belle valeur. Mais comment s'y prendre alors? Il semblerait bien que dans le système scolaire, la vie soit une lutte pour gagner en faisant en sorte que tous les autres perdent. Et plus on évolue dans ce système, plus on s'y adapte... Dans les études secondaires, on assiste aux pires dérives comme les vols de cours (préparation du concours de médecine par exemple... sans cours l'élève ne peut réussir, et il est fréquent de se les faire voler lorsqu'on a le dos tourné ou un besoin pressant) ou la rédaction de 2 devoirs (un bon pour le professeur, un bourré de fautes pour montrer aux copains et leur demander de l'aide).

Et puis comment apprendre avec des évaluations? Elles sont génératrices d'anxiété et de crainte. Or la biologie l'affirme clairement : la crainte engendre psychologiquement une protection de soi, presque animale, tout comme le danger ou encore la honte. Même les enfants les plus brillants vont reculer devant une nouvelle expérience par peur de mal faire. La crainte bloque les apprentissages.

Au final, je reprends ici les conclusions de l'article plus général sur les évaluations, on devient, on est, ce qu'on est évalué (comme il a été démontré que l'on s'incline à devenir l'étiquette que l'on nous a collé). Un échec à un test peut avoir la conséquence abominable de faire penser à l'enfant qu'il est un raté. 
Et zou! C'en est fini de l'estime de de soi.

Des solutions?

On voit que l'idéal serait de supprimer ces évaluations... mais est-ce vraiment possible dans notre société? Surement pas!!! Et puis, comment être sûr de la compétence des individus aux emplois dangereux ou à forte responsabilité (comme un conducteur de bus scolaire)?

Quelques petites pistes :
- on pourrait supprimer les diplômes. Car combien de jeunes diplômés pour aucun emploi? Le diplôme a déjà perdu un peu de son sens, surtout que pour un emploi, il est préférable de prendre un individu surdiplômé (alors que les études faites étaient sensées amener à cet emploi, bref...) Pourquoi ne pas inventer une reconnaissance par ses pairs (comme les concours des ouvriers de France), sur nos compétences ou encore sur le bouche à oreille et la satisfaction des clients (lol, un peu comme Amazon, on pourrait accéder aux avis des autres)?
- oui, supprimer les diplômes, ce n'est pas demain la veille! Alors pourquoi ne pas imaginer des diplômes accessibles à tous? C'est à dire, que chacun serait libre de les passer sans restriction et surtout sans passer par les écoles... tous candidats libres!
- ou encore, penser aux équivalences de diplômes, c'est un peu le cas pour la validation des acquis des compétences, déjà en place. Mais ici, il s'agirait des savoirs autant que des savoir-faire et concernerait surtout les autodidactes. Ainsi, plus de soucis d'écoles trop chères ou de cursus dont il faut suivre toutes les étapes (soit donc des années d'étude, avec un appartement proche de l'université/l'IUT/... et son coût, et tout), trop lent et au final chère également!

Qu'en pensez-vous? L'évaluation est-elle si bien qu'on veut nous le faire croire? Avez-vous d'autres idées pour changer cela?


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