mercredi 30 avril 2014

6 douces violences

Suite des 6 points à savoir sur la violence éducative, ici, voici 6 douces violences rédigées par être parent.com

Ce sujet est traité en collaboration avec Bertrand Audéoud, thérapeute familial.
douces violences infligées aux enfantsLorsque l’on parle de douces violences, il n’est pas question de maltraitance, d’abus, de préméditation ou d’intention de faire du mal à l’enfant. Il est question de placer l’enfant dans une insécurité affective à différents moments de la journée (des moments courts, mais répétés). Le mot “violences” montre la gravité de chaque parole et de chaque geste qui blessent profondément l’enfant. Le mot “douces” atténue le mot “violences”, puisque ce sont des mots et des gestes du quotidien dont souvent, on n’imagine pas l’impact sur l’enfant. Cet oxymore souligne donc bien l’idée de blesser l’enfant involontairement, sans s’en rendre compte.
Que nous soyons parents, ou que nous ayons la garde (occasionnelle ou régulière) d’enfants, nous pratiquons ces douces violences. Le but de cet article est de prendre conscience de l’impact qu’ont nos actes et nos mots sur les enfants, et d’essayer au maximum de les supprimer de notre quotidien, dans le but de les préserver, et d’être un parent bienveillant. Voici une liste des douces violences infligées aux enfants :
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1/ Les discussions : Parler au dessus de la tête de l’enfant sans l’intégrer dans la conversation alors que l’on parle de lui, c’est l’ignorer et lui faire comprendre qu’il est insignifiant. Il en est de même lorsque l’on parle de l’enfant à la 3ème personne alors qu’il est au milieu de la conversation (“La Schtroumpfette n’est pas gentille ce matin”). Une autre manière de créer un malaise chez l’enfant, c’est lorsque l’on critique ou lorsqu’on émet un jugement sur l’un de ses proches devant lui (commentaires sur les vêtements de sa tatie, le repas de la grand-mère, la maladresse de l’autre parent, etc.). Cela lui renvoie une image négative de ceux qu’ils aiment.
2/ Notre attitude : Ne pas dire bonjour en souriant à son enfant le matin, c’est lui renvoyer le message que l’on n’est pas content de le voir. Commenter négativement les acquisitions de l’enfant, et ne pas l’encourager lorsqu’il a des difficultés, c’est le laisser croire qu’il est nul et sans valeur à nos yeux. Or, notre amour pour nos enfants est inconditionnel, et lorsqu’ils sont moins doués pour quelque chose, nous devons d’autant plus les encourager, et valoriser les domaines où ils sont bons. Veillons également à les appeler par leurs prénoms, et pas uniquement par des surnoms. Nous respectons ainsi leur véritable identité.
3/ Les jeux et les activités : Forcer l’enfant à faire une activité, le culpabiliser s’il refuse une activité, lui proposer trop d’activités à la fois, ou encore le presser… toutes ces actions ne tiennent pas compte de la volonté de l’enfant. Un petit enfant n’apprendra et ne sera satisfait des activités que lorsque celles ci lui plaisent. Sinon, il vit cela comme une corvée. Or, le principe même du jeu et de l’activité, c’est d’être présent avec l’enfant et de lui faire passer un bon moment. Alors bien sûr, on ne peut pas toujours satisfaire toutes leurs attentes, mais essayons de trouver un équilibre, et de ne pas imposer à tous les enfants les mêmes choix.
4/ Les repas : Forcer l’enfant à manger, à goûter, lui faire du chantage, mettre l’enfant au lit lorsqu’il ne veut pas manger… Nous essayons tous de trouver une solution lorsque l’enfant boude la nourriture. Mais ces attitudes de notre part sont dures. Il y a d’autres actes qui sont encore plus violents : mettre systématiquement l’enfant en sous vêtements pour manger (nous, adultes, ne mangeons pas en sous vêtements, pourquoi l’enfant ?), l’empêcher de manger seul parce qu’il va se salir (c’est en pratiquant qu’il arrivera à manger proprement), ou encore, empêcher l’enfant de dormir parce que c’est l’heure du repas (si l’enfant dort et mange plus tard ce n’est pas si grave, en le forçant à rester éveillé, non seulement il mangera peu mais en plus il sera énervé). Enfin, lorsque l’on vient nettoyer le visage et les mains de l’enfant après le repas (avec un gant ou une serviette), cela ne nous coûte rien de le prévenir, plutôt que d’arriver par derrière et de l’essuyer sans que l’enfant ne comprenne ce qui se passe. J’ai également vu des parents forcer leurs enfants à terminer leur assiette alors qu’eux même ne finissaient pas la leur. Il faut être à la fois cohérent et indulgent. Nous mêmes n’avons pas un appétit toujours régulier. Nous mêmes n’aimons pas toujours tous les aliments. Gardons à l’esprit aussi que souvent, les enfants ont les goûts qui changent. Cela ne doit pas pour autant être un prétexte pour qu’ils ne mangent que ce qu’ils aiment, mais il est possible d’être juste et respectueux lors des repas.
5/ La toilette : Faire des commentaires sur l’hygiène de l’enfant, son anatomie, ses petits maux, sentir la couche avant de les changer, ne pas parler à l’enfant durant le change, prendre l’enfant pour le changer sans le prévenir, dire à un enfant qu’il est sale, qu’il pue, qu’il est moche ou qu’il est gros, empêcher l’enfant d’aller aux toilettes, laisser longtemps l’enfant sur le pot jusqu’à ce qu’il y ait quelque chose dedans, gronder un enfant qui fait caca alors qu’on vient juste de le changer, parler devant tout le monde d’un souci concernant l’enfant dont on s’occupe… toutes ces attitudes sont une atteinte à la personne même de l’enfant, à son corps, à son intimité. Il n’y est pour rien s’il n’est pas encore propre, il n’y est pour rien si ça ne sort pas au bon moment…
6/ Le sommeil : Forcer un enfant à dormir (nous mêmes, il nous arrive de ne pas avoir sommeil), ne pas coucher l’enfant lorsqu’il a sommeil, le réveiller rapidement quand il dort, ne pas respecter son sommeil (faire du bruit alors qu’il dort)… C’est un fait que nous apprécions ces moments de répit quand les enfants dorment. Mais c’est un fait aussi que parfois, ils sont trop excités pour dormir, parfois leur rythme est déréglé par rapport à d’habitude, parfois il dormira 30 minutes et le lendemain 3 heures. A nous de trouver un compromis avec l’enfant pour qu’il ait son temps de repos, même s’il ne dort pas, et qu’il reste un moment au calme pour que les autres se reposent aussi.
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Cette liste de douces violences n’a pas pour but de nous culpabiliser. C’est évident que nous faisons tous un ou plusieurs des points cités précédemment. Le but de cet article est de vous montrer que l’enfant a besoin que nous le prenions au sérieux (et encore plus s’il n’est pas encore capable de s’exprimer et de se faire comprendre). “ Il a besoin de notre confiance et de nos conseils. L’enfant a droit a la vérité, et à ce que les adultes lui tiennent un langage de franchise et de sincérité.” (Janusz Korczak).

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