mercredi 29 mai 2013

L'évaluation

Tout est parti dune lecture (oui, décidément! )... la tyrannie de l'évaluation! Voici donc une petite réflexion sur l'évaluation.

Commençons par parler d'Heisenberg. Ce monsieur est fort connu pour avoir proposé un principe d'incertitude, appliqué à la physique quantique. Très simple la physique quantique : c'est la physique pour laquelle peu de lois connues jusqu'à lors ne s'appliquent... C'est l'univers des particules et tout ce qui est invisible à nos petits yeux. Et c'est aussi un monde très difficile à aborder pour notre esprit (même les plus grands noms n'ont pas peur de l'avouer : la physique quantique, personne n'y comprend rien! Pour une bonne dose de rigolade, regardez à ce sujet le show d'Alexandre Astier)
Voici donc ce fameux principe d'Heisenberg qui nous dit, que dans le monde invisible on ne peu connaître à la fois la vitesse et la position exacte d'un corpuscule. Bref, à partir du moment où on regarde quelque chose, le système est perturbé, l'information est faussée voire manquante...


Et voici l'immense pont, l'énorme extrapolation de ce principe que je vous propose aujourd'hui : quand vous êtes observé, agissez-vous de la même manière? Quand vous êtes évalué, les résultats sont-ils cohérents avec ce que vous savez ou savez-faire? Ou le fait d'être observé perturbe là aussi, le système?



Le livre la tyrannie de l'évaluation ne part pas de cette idée (ce sont mes déviances de scientifique) mais de son inquiétude de voir l'évaluation se généraliser partout (on pense à l'école, aux décisions politiques mais il y aussi, entre autres, les bilan de compétences au travail et l'évaluation des chercheurs par leur nombre de publication/citation: phénomène insidieux dont j'ai été témoin et qui crée des individus plus soucieux de leur écrit que de leur recherche, de vols d'écrit (si si), de publication creuses voir même inutiles (mais qui compte dans la note) alors que les publications des anciens renfermaient tellement d'informations qu'elles en étaient presque indigestes!) Voilà pour la sphère professionnelle. Mais ici j'insiste : quand je dis partout, je dis vraiment partout! Même dans notre sphère privée! Pensez à Facebook et autres Twitter... l'évaluation est le nombre de "j'aime" ou le nombre de visites d'un blog (et oui, les statistiques apparaissent en première page de la gestion d'un blog.)

La conséquence? La self-normalisation de la population. Si vous publiez et que personne n'aime, vous allez changez ce que vous allez dire la prochaine fois. Ou vous allez mettre une vidéo de chat (mais ça c'est un autre problème!)
...

Bon jusque là c'était drôle, mais l'auteure, qui est philosophe, va plus loin. Sont évoqués les suicides à répétition, notamment chez France Télécom, cause apparente d'une politique managériale trop violente. 
Voici le constat : dans la vie de tous les jours, nous sommes tous touchés par l'évaluation qui se fait progressivement plus pressante, plus systématique voir  continue. 
D'où cela provient? On peut dire que cela vient de la révolution. A cette époque l'idéale est d'en finir avec l'héritage du sang. Du droit de naissance, on passe à la méritocratie. Il faut alors mesurer les capacités, les compétences pour accéder au métier choisi. Puis il devient nécessaire d'évaluer la bureaucratie : l'action doit être faite en suivant les règles. Puis l'évaluation devient "technico-économique" : il s'agit d'observer si les objectifs politiques ont été atteints. Et enfin, managériale.
Le problème est le suivant : l'évaluation découpe la société, la réalité en catégorie et les quantifie. Comment dés lors tenir compte de la multiplicité de la vie? Des influences des autres catégories? Des feed-back? Pourtant, les évaluations modernes, on ne parle que de ça, notamment en entreprise! Et l'individu, dont le quotidien est évalué presque constamment a ingéré le processus...Au point de le défendre, car quel employé oserait critiquer le système? L'évaluation détient donc aujourd'hui le pouvoir. L'individu est soumis, discipliné : il a le devoir d'être compétitif. 

A tel point que l'évaluation va de soi.

A tel point, qu'elle semble être désirée.

A tel point, qu'on pourrait se demander si l'individu post-moderne pourrait un jour perdre son identité  si ces évaluations cessaient...

Mais en réalité, être observé, jugé, non seulement sur le savoir faire mais également sur l'être conduit les individus à un malaise profond. Se changer en profondeur pour coller à la norme, pour être employable : c'est perdre sa singularité. Au final, c'est se perdre soi-même! 
Le 2e effet kiss-cool? Puisque la société avance au mérite, l'échec est également mérité. Tu es chômage? Tu l'as mérité! Inutile de voir au-delà : l'environnement, les politiques d'embauche, la démographie... Et dans la même idée, il est inconcevable de s'orienter vers des carrières humanitaires (ou au moins un métier plaisant) alors qu'il est possible de devenir trader. Le gain, quantifiable, prévaut. Car oui (allé zou, on reprend l'exemple du p'tit trader) lui, il a réussit dans la vie et en plus, il l'a mérité (qu'importe les voies prises.)

Une autre évaluation est-elle possible? L'auteure exploite quelques pistes... Notamment l'impératif de prendre en compte l'environnement, l'histoire, l'expérience de l'individu et de revoir les découpages en catégories, de façons plus complexes (ce qui rejoint les idées d'Edgar Morin). Mais la position de l'évaluation dans notre société est telle qu'il semble impossible pour elle d'en sortir, en tout cas, l'auteure de le suggère même pas.

Pour finir, je vous propose de nous raccrocher au monde de ce blog qui est tout de même l'éducation et l'enfance. Personnellement, j'ai choisit l'éducation Montessori pour ce bénéfice (ce que je juge en être un en tout cas) : l'absence d'évaluation. En maternelle désormais les gommettes de couleurs, les smiley, les A, B ou C commencent insidieusement à plier l'individu : autant faire ça tôt... Sans parler des diplômes (folie de ne pas en avoir!)
Pourtant, et j'en suis la première surprise, l'absence d'évaluation, ça marche! Peut-être un doux rêve pour le futur? A nos enfants de voir. La seule chose que nous puissions faire, c'est de leur offrir une autre réalité de vie en évitant notamment de succomber aux remarques (petit maladroit, grand timide...) Il est comme il est. Il est différent de son voisin? C'est tant mieux, non?

cadoterra



2 commentaires:

  1. "remarques (petit maladroit, grand timide...) " : ce ne sont pas tant des remarques (car une remarque PEUT etre une observation sans jugement : "tu as fais tomber ton verre", "tu n'as pas pris la parole") que des ETIQUETTES, avec le côté collant que cela peut avoir (dans le temps et dans le cerveau de celui qui l'emet, de celui qui le recoit, et de celui -tiers- qui l'entend)

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  2. Pour moi, une remarque qui commence par tu est déjà un jugement : en cnv et en méthode Salomé, le tu, tue!
    Une observation telle que "tu n'as pas pris la parole" peut être facilement pris comme un reproche, une dévalorisation... et paf! On se colle tout seul une étiquette alors que l'intention de l'autre n'était pas de nous faire du mal!
    Sans doute sommes nous tellement habituer au jugement pour nous infliger ça à nous même? !
    Depuis, je commence mes phrase par je : je me sens inquiète quand je constate que tu n'as pas parlé.
    Pas de jugement et plus encore, on se rend compte du peu d'importance d'une maladresse et d'une timidité face au sentiment de l'autre... pourquoi sommes-nous dérangé par la maladresse de l'autre? Qu'est-ce que cela révèle sur nous? Souvent des étiquettes qu'on nous a collé, enfant et qui remonte à la surface...

    Ah ces étiquettes! Tellement d'accord aussi sur l'effet de celui qui l'émet...

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