mardi 29 janvier 2013

Réussir les apprentissages à 3 ans : le contrat


Nous faisons l'école à la maison depuis la rentrée de septembre. Il y a bien sûr des jours faciles, d'autres plus pénibles mais en ce qui concerne le moment de la classe : tout roule! Cela va même un peu trop vite pour moi... J'ai l'impression que ma fille dévore le matériel Montessori. Comment ce petit miracle est-il possible? Sans aucun doute je vous réponds : " C'est grâce au contrat, mes amis!"

Je dois vous l'avouer : jamais je n'aurai cru que la classe à la maison fonctionne aussi bien et donne autant de résultats. Le seul gros bémol (car je ne pensais pas que les déclics puissent aller aussi vite) c'est acheter son matériel en conséquence! Et pourtant on nous avait bien prévenus en formation. Ca n'a pas raté! Un exemple? La fameuse tour rose... L'emblème du matériel. C'est peut-être la première chose que l'on va acheter (moi je l'ai fait, je l'a trouvait tellement belle) et pourtant il faudra attendre d'avoir passé 3 mois sur la vie pratique avant d'aborder la vie sensorielle, puis ensuite 3 mois de plus avant d'arriver à cette présentation (c'est un très large ordre d'idée...) 
Et voilà le jour J... J'y ai pensé tout le week-end (écrit-elle fébrile). Depuis la semaine d'avant, je planifiais son introduction, et ça y est on y est!!! J'ai relu mes fiches, je l'ai dépoussiéré encore plus finement et j'ai bien centré tous les cubes!!!
Lundi matin, elle découvre une nouvelle étiquette (je vous en parle plus loin) : "maman, on fait la tour rose aujourd'hui?!" et maman de répondre oui avec un grand sourire! Tapis déplié, on va chercher tour à tour les cubes de la tour rose et zou, la présentation commence... "C’est à toi, maintenant..." Et BANG, premier coup réussit (on nous a dit qu'il était fréquent pour les enfants de réussir pendant la présentation car il vient devoir tous les gestes...) on range... Le lendemain, je re-propose la jolie tour (en espérant un peu voir ma fille galérer, non, non j'suis pas sadique!) et BANG! Réussit... Mercredi je ne la propose pas. J'attends jeudi! Et jeudi, alors?! Alors?!
Et bien BANG réussit, encore plus belle, encore mieux centrée... 

Je suis de très près les avancés de mes enfants (je tiens un petit journal) et en relisant, je vois bien que toutes les présentations se sont enchaînées... Comment faire plus vite sans brûler les étapes, non plus? (c'est ma petite question perso sur laquelle je vais travailler ces prochains jours.) Voilà, j'ai encore trop écrit alors que cela ne devait être que l'introduction... Car le gros point positif, c'est que je sais que les apprentissages sont acquis. Chacun d'entre eux et donc même ceux que l'enfant ne souhaite pas particulièrement faire... C'est grâce à ce fameux contrat!

Une solution à l'envie de ne rien faire... 
Alors oui il y a un paradoxe face aux idées de la doctoresse... Sa pédagogie évoque le besoin du travail fait spontanément, du libre choix de l'activité qui doit correspondre aux nécessités du moment chez l'enfant. Cela est bien vrai pour l'enfant de 18 mois à 3 ans qui est tel que Maria l'a décrit : il a faim de tout et veut tout faire avec beaucoup d'enthousiasme.
A 3 ans cependant, l'enfant change... Il ne veut plus rien faire!!!!! Mais suivre la méthode Montessori ne veut pas dire laisser l'enfant là, à ce stade, sans le pousser un peu.

Le contrat se compose de différents matériaux :
- un minuteur
- des étiquettes plastifiées, une par activité, contenant une photo et le nom du travail
- 1 pochette (j'ai adapté l'idée de la pochette en tissus à suspendre au coup qu'une collègue avait eu)
- 2 boîtes
- un tableau de 5 lignes avec une colonne pour placer l'étiquette et des colonnes avec des smiley à colorier : si l'enfant est content du travail qu'il a réalisé, il colorie le smiley content qui correspond à l'activité.
- un planning des activités
- des gommettes rouges et des bleues.

Comment ça fonctionne?

Les étiquettes + les boîtes
"Tu vois, ici j'ai plein d'étiquettes. Elles sont belles hein? Je vais prendre toutes celles-là. Tu les reconnais? Oui? Tu as déjà travaillé avec ça, et avec ça... Et elle là, tu sais très bien le faire! On va le mettre dans cette première boîte. Et ça? Non, tu dois encore un peu t'entraîner. Alors on va la mettre dans cette autre boîte."
On range ainsi les étiquettes connues en 2 parties : celles à travailler et celles acquises.
 
Le contrat commence ainsi : "dans cette 2e boîte (note : à acquérir), je ne peux mettre que 10 étiquettes. Pas plus. Il faudra que tu t'entraînes bien, que je range une des étiquettes dans la boîtes des acquis pour que je puisse te montrer un nouveau matériel."

La pochette + le minuteur
Au quotidien, avant la classe, on prend 5 étiquettes à travailler (celles de la boîte à acquérir) que l'on place dans la pochette. Quand l'enfant prend sa pochette du jour, on met en route le minuteur (selon l'enfant, environ 15 min à 2 ans, 35-45 à 3 ans et demi) et la classe dure jusqu'à la sonnerie du minuteur. Là, l'enfant est libre de faire les étiquettes qu'il souhaite, dans l'ordre qu'il souhaite. "Voilà le contrat : on fait la classe pendant X minutes et tu travailles ceci, dans l'ordre que tu veux, avant de faire autre chose."

L'enfant fatigue, veut s'arrêter? Ok! On arrête tout, on fait une pause de 5 min, avec minuteur et on reprend ensuite le reste du temps...

L'enfant n'a pas le temps de faire toutes ses étiquettes? Tant mieux! Il est bien resté concentré sur un travail!
Au contraire il a tout finit et il reste du temps? Alors, on reste en classe mais il peut travailler ce qu'il veut (= ce qu'il lui a été présenté), y compris les activités acquises...

Le tableau smiley
A la fin du temps de classe, on sort les étiquettes réalisées que l'on place sur le tableau à smiley et on colorie le smiley voulut...

Le planning et les gommettes
Pour bien voir l'évolution de l'enfant, et qu'il la voit aussi, on peut mettre des gommettes bleues sur les activités à travailler. L'enfant pourra la mettre lui-même après une présentation. Quand l'activité est acquise, il place une gommette rouge et ensemble, on change l'étiquette de boîte...

Et voilà. On va continuer comme ça pour passer les 3 ans de l'enfant... Ensuite, on abordera écriture et lecture, nul doute que sa soif naturelle d'apprendre revienne!

2 commentaires:

  1. "A 3 ans cependant, l'enfant change... Il ne veut plus rien faire! (...) suivre la méthode Montessori ne veut pas dire laisser l'enfant là, à ce stade, sans le pousser un peu."
    Pourquoi ? Cette phrase me met mal à l'aise car elle semble poser une évidence qui n'en est pas une : ne rien faire, c'est mal et ca ne sert à rien.

    Est-il vraiment nécessaire de les pousser à faire ces activités ? Un enfant ne fait jamais "rien" : il fait des choses qui *nous semblent* RIEN mais lui sont nécessaires, comme penser ou rêver. Ou regarder les nuages.

    Adulte, j'ai encore besoin de moments, parfois de jours entiers, où je ne fais rien. Mais vraiment rien. Physiquement. Parce que dans ma tête, houla il s'en passe des choses. Je médite, je rêve, je réfléchis, je me repasse des événements passés et y réfléchis, j'imagine des futurs possibles et les moyens d'y arriver. Ou bien je prends le temps de câliner mon chat que mon immobilité attire et qui vient me gratifier de son doux ronronnement. Et je rêve, je me fais de jolis films, je me joue de la musique dans ma tête pendant des heures.
    Au bout de plusieurs heures je me lève et j'agis. En conscience, sereinement, et non de cette façon automatique, irréfléchie, réflexe, "tête dans le guidon" ou routinière que je peux observer chez les gens qui ne prennent jamais le temps de se poser pour ne rien faire.

    Pourquoi vouloir à tout prix empecher les enfants de ne rien faire (attention, regarder la télé ne permet pas de faire le vide ou de réfléchir ou de laisser voguer ses pensées : s'il y a une vraie maniere de ne "rien" faire, c'est bien celle-la...), de se reposer, de rêver, ou de jouer ?

    Sachant que ce moment d'apparent rien, même s'il peut nous sembler long, ne durera pas : Freinet l'avait observé, un enfant qui a été à l'école de la République peut avoir besoin de passer plusieurs mois à "ne rien faire" pour se soigner. Mais un jour, tot ou tard, sa curiosité naturelle reprendra le dessus, et il voudra FAIRE !

    N'est-ce pas à nous d'être patients plutot que les "pousser" ? N'est-ce pas d'une certaine façon complètement anti-montessorien de les pousser ?

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  2. Je comprends tout à fait cette interrogation!
    Pour Maria Montessori, l'enfant "normalisé" (selon sa formulation) est un enfant qui est sensible au matériel et qui aime travailler.
    Jusqu'à 3 ans, cela est naturel encore de nos jours. Ensuite, je l'ai aussi remarqué, l'enfant s'ouvre (aux autres surtout) mais aussi à nos gadgets quotidiens qui les happent encore plus facilement que les adultes (et c'est déjà facile!!) Pourquoi se donner du mal alors que la tv existe? A 3 ans, c'est ce que peut se demander l'enfant (même chez nous avec peu de tv à la base.)
    Bref, il y a des moments de jeux voir d'ennui (normal et souhaitable) et des moments où l'enfant pose les coudes sur sa petite table de classe et dit que non il ne travaillera pas! "Je veux regarder oui-oui!" Affirmation de soi brute!
    Là, je ne cède pas.
    1 jour. 2 jours. L'enfant garde les coudes sur la table, la classe est obligatoire, pas le travail ni l'envie. Je ne veux pas jouer au jeu de la carotte.
    La situation est bloquée...

    Je parle ici de cette situation précise. S'affirmer, c'est sain! Mais cette situation ne peut pas durer car ce n'est pas juste une fois (en Montessori il y a beaucoup de liberté sur 1 ou 2 jours de non travail, ce n'est pas grave et oui, on laisse place à la rêverie avec des pauses quand ils le veulent pendant la classe) mais sur une DURÉE PLUS LONGUE (une semaine) cela devient carrément inquiétant car l'enfant est naturellement sensible au matériel Montessori. Quand il ne l'est plus alors qu'il est en bonne santé, dans cette pédagogie, c'est qu'il y a un problème (à détecter et régler avec bienveillance). Pour le unschooling ou l'IEF avec 1 seul enfant y'a pas de soucis... en école c'est plus problématique.
    D'où cette méthodologie de contrat, faite en école.

    M'étant retrouvé dans cette situation bras de fer, je dois avouer que moi je m'en inquiétais beaucoup car en fait, j'avais aussi passé un contrat avec mon mari : ok pour la maison mais à condition d'y avoir des apprentissages! Et avec mes enfants j'ai toujours été claire là dessus : j'ai des devoirs de maman et ils ont UN devoir d'enfant, celui d'apprendre.

    D'un autre côté, je sens aussi dans votre commentaire l'affrontement entre les apprentissages informels et formels... bataille que j'ai en moi aussi (vous avez vous-même noté l'évolution de mes billets.)
    Et ce contrat avec l'enfant ne s'applique que lorsque la famille a fait le choix des apprentissages formels... comme nous.
    Honnêtement, j'aime que mes enfants jouent et s'ennuient même! Il y a beaucoup de place dans notre journée pour tout ça, mais ici il y a un temps de classe, pas long mais obligatoire, à respecter pour rester à la maison (tient, ca me donne envie d'écrire un article sur une journée type et la façon dont on mixe les pédagogies...)

    Je ne suis pas encore tout à fait prête pour l'informel...

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